Une seule échéance impayée suffit pour engager un recouvrement, tandis qu’un défaut de paiement de plus de 2 mois expose le débiteur à des poursuites pénales. Entre ces deux dates, la rapidité de réaction détermine souvent les sommes qui resteront réellement récupérables.
Pension alimentaire non payée : vérifier immédiatement le titre et la date
Face à une pension alimentaire non payée, la première étape consiste à relire le document qui fixe son montant. Il doit s’agir d’un titre exécutoire, c’est-à-dire d’un document autorisant le recouvrement forcé. Ce titre prend notamment la forme d’un jugement, d’une ordonnance, d’une convention homologuée par le juge ou d’un titre délivré par la CAF ou la MSA.
Il faut relever le montant mensuel, la date de paiement, l’indice de revalorisation et l’identité du bénéficiaire. Une pension fixée à 300 euros et payable avant le 5 devient impayée dès le 6 si aucun règlement n’est intervenu. Le créancier n’a pas à attendre plusieurs mensualités.
Le calcul doit intégrer l’indexation, autrement dit la révision annuelle prévue par la décision. Si le débiteur continue de verser l’ancien montant, la différence constitue également un impayé. Un tableau mois par mois évite les contestations :
| Élément à noter | Exemple | Preuve utile |
|---|---|---|
| Échéance prévue | 5 septembre | Jugement ou convention |
| Montant indexé | 315 euros | Calcul de revalorisation |
| Somme reçue | 200 euros | Relevé bancaire |
| Impayé | 115 euros | Décompte détaillé |
Une baisse de revenus, un licenciement ou un désaccord sur la résidence de l’enfant n’autorise jamais le débiteur à réduire seul la pension. Seule une nouvelle décision ou un accord juridiquement régularisé modifie le montant dû.

Levier n° 1 : le paiement direct dès le premier impayé
La procédure de paiement direct est généralement le levier le plus rapide lorsqu’un employeur, une banque, une caisse de retraite ou un organisme versant des revenus au débiteur est identifié. Elle consiste à faire prélever la pension directement auprès de ce tiers. Le commissaire de justice, anciennement appelé huissier, met en œuvre la procédure.
Elle est accessible dès la première échéance totalement ou partiellement impayée. Le commissaire de justice notifie la demande au tiers dans les 8 jours suivant la requête. Le tiers doit lui répondre dans les 8 jours et indiquer s’il détient des fonds ou verse une rémunération au débiteur.
Le paiement direct couvre :
- les mensualités à venir, versées directement au créancier ;
- les impayés des 6 mois précédant la notification ;
- le remboursement de ces 6 mois d’arriérés, en principe réparti sur 12 mensualités.
Les frais de cette procédure sont supportés par le débiteur. Pour agir, il faut remettre au commissaire de justice le titre exécutoire, un relevé d’identité bancaire, l’état précis des impayés et les renseignements disponibles sur l’employeur ou l’organisme payeur.
Le paiement direct atteint toutefois ses limites si le débiteur travaille sans revenus saisissables, change fréquemment d’emploi ou exerce une activité indépendante sans rémunération régulière. Il ne récupère pas non plus, par ce mécanisme, les dettes de plus de 6 mois. Les arriérés plus anciens nécessitent le deuxième levier.
Levier n° 2 : le recouvrement par l’ARIPA ou une saisie civile
L’intermédiation financière par la CAF ou la MSA
L’ARIPA, service de la CAF chargé du recouvrement et de l’intermédiation des pensions alimentaires, place un organisme entre les deux parents. Le débiteur verse la pension à la CAF ou à la MSA, qui la reverse au créancier. Ce circuit réduit les contacts financiers directs et permet de détecter rapidement une nouvelle échéance impayée.
Depuis le 1er janvier 2023, l’intermédiation financière est en principe mise en place pour les nouvelles décisions judiciaires fixant une pension pour un enfant. Des exceptions existent, notamment lorsque les deux parents la refusent conjointement et qu’aucune situation de violences familiales n’est retenue.
En présence d’un impayé, l’ARIPA engage le recouvrement dans la limite de 24 mois d’arriérés. Selon la situation familiale et les ressources, l’allocation de soutien familial, appelée ASF, ouvre aussi la voie à une avance pendant le recouvrement. Cette allocation répond à des conditions propres ; elle ne correspond pas automatiquement au montant de la pension fixée.
Pour saisir l’ARIPA, il faut transmettre le titre exécutoire, le décompte des sommes dues, les coordonnées du débiteur et les relevés prouvant l’absence de règlement. Sans titre, l’organisme ne remplace pas le juge aux affaires familiales. Une demande doit alors être déposée devant ce juge afin de fixer la pension.

Les saisies pour récupérer des arriérés plus anciens
La saisie-attribution, c’est-à-dire le blocage des sommes disponibles sur un compte bancaire, vise les arriérés connus et chiffrés. Le commissaire de justice signifie la saisie à la banque. Le compte est bloqué dans la limite de la dette, sous réserve de la somme légalement laissée à la disposition du débiteur pour ses dépenses courantes.
D’autres mesures existent : saisie des rémunérations, saisie d’un véhicule ou saisie-vente de biens mobiliers. Leur pertinence dépend du montant dû et du patrimoine réellement localisable. Une saisie coûteuse contre une personne sans compte créditeur ni bien revendable ne garantit aucun encaissement.
| Procédure | Moment d’utilisation | Arriérés concernés | Limite principale |
|---|---|---|---|
| Paiement direct | Dès le premier impayé | 6 derniers mois et échéances futures | Tiers payeur à identifier |
| ARIPA | Dès l’impayé avec un titre | Jusqu’à 24 mois | Instruction administrative nécessaire |
| Saisie civile | Dette chiffrée et exigible | Dans la limite de la prescription | Fonds ou biens saisissables requis |
L’article 2224 du code civil fixe en principe un délai de 5 ans pour réclamer chaque mensualité. La prescription signifie qu’une dette devient juridiquement trop ancienne pour être poursuivie. Chaque échéance possède son propre point de départ. Une mensualité exigible le 5 septembre 2021 est donc, sauf interruption du délai, prescrite après le 5 septembre 2026.
Une reconnaissance de dette, un paiement partiel ou un acte d’exécution forcée modifie parfois le calcul du délai. Un avocat vérifie ici la chronologie et identifie les actes qui ont interrompu la prescription. Après 5 ans sans acte interruptif, il est généralement trop tard pour recouvrer l’échéance concernée par la voie judiciaire.
Levier n° 3 : la plainte pour abandon de famille après plus de 2 mois
L’article 227-3 du code pénal sanctionne l’abandon de famille. Cette infraction correspond au fait de ne pas payer intégralement, pendant plus de 2 mois, une pension ou une contribution familiale fixée par un titre exécutoire. La peine maximale est de 2 ans d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.
Le délai pénal exige plus de 2 mois de défaut de paiement. Une pension due le 5 janvier, le 5 février et toujours non réglée après le 5 mars entre dans cette zone de risque, sous réserve de l’analyse exacte du dossier. Des versements irréguliers ou très inférieurs au montant fixé ne neutralisent pas automatiquement l’infraction.
La plainte se dépose auprès de la police, de la gendarmerie ou du procureur de la République. Il faut joindre :
- le titre fixant la pension ;
- la preuve que le débiteur connaît cette décision ;
- les relevés bancaires couvrant toute la période ;
- un décompte daté des échéances ;
- les messages dans lesquels le débiteur reconnaît ou refuse le paiement.
La plainte exerce une pression judiciaire forte, mais elle n’est pas un mécanisme de paiement immédiat. Une enquête, une convocation puis une audience prennent souvent plusieurs mois. La procédure pénale doit donc accompagner le paiement direct, l’ARIPA ou une saisie, et non les remplacer.
Le débiteur reste libre de demander au juge une baisse de pension s’il prouve un changement durable de ressources ou de charges. Cette demande n’efface pas automatiquement les impayés déjà constitués. Jusqu’à la nouvelle décision, le montant antérieur demeure exigible.
À quel moment un avocat intervient utilement
Dans les premiers jours, un avocat vérifie le titre, recalcule l’indexation et choisit la procédure compatible avec l’ancienneté de la dette. À l’approche du délai de 5 ans, il engage un acte destiné à interrompre la prescription. Après plus de 2 mois, il structure la plainte et distingue l’incapacité réelle de payer du refus volontaire.
En droit de la famille, la meilleure décision juridique n’est pas toujours celle qui tient le mieux dans le temps. Un accord imparfait, mais payé chaque mois, protège parfois davantage l’enfant qu’un jugement gagné puis inexécuté. — Hélène Marchandeau, avocat à Nantes, 16 ans de pratique en droit familial
Le calendrier utile reste concret : relance écrite et décompte dès le premier jour de retard, paiement direct ou ARIPA dès la première échéance manquante, saisie pour les arriérés non couverts, puis plainte lorsque le défaut dépasse 2 mois. À 5 ans de l’échéance, sans acte ayant interrompu la prescription, le recouvrement civil devient trop tardif pour la mensualité concernée.



