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Six mois de loyers impayés : la procédure réelle, étape par étape

Avec un loyer mensuel de 900 €, six échéances impayées représentent déjà 5 400 €, hors charges, frais de procédure et éventuelles dégradations. À ce stade, la procédure loyers impayés du propriétaire exige une chronologie stricte : une démarche lancée trop tôt est contestable, une démarche lancée trop tard laisse la dette augmenter.

Six mois d’impayés : où en est réellement le propriétaire ?

Après six mois sans paiement, le bail n’est pas automatiquement résilié. Le propriétaire ne récupère pas davantage le logement de sa propre initiative. Il ne doit ni changer les serrures, ni couper l’eau ou l’électricité, ni retirer les affaires du locataire. Une expulsion sans décision de justice expose son auteur à 3 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende, selon l’article 226-4-2 du code pénal.

En revanche, six mois suffisent largement pour engager une procédure. L’enjeu consiste à obtenir trois éléments distincts : la condamnation au paiement de la dette, la résiliation du bail et l’autorisation d’expulser. Le juge des contentieux de la protection, rattaché au tribunal judiciaire du lieu du logement, traite ces demandes.

Six mois d’impayés ne donnent pas le droit d’expulser directement. Ils donnent au propriétaire des éléments solides pour saisir le juge, à condition de respecter chaque acte et chaque délai.

Le bailleur dispose de 3 ans à compter de chaque échéance pour réclamer un loyer ou une charge, conformément à l’article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989. Une mensualité exigible le 5 septembre 2026 devient donc prescrite après le 5 septembre 2029 si aucune action n’a interrompu ce délai. Passé cette date, son recouvrement judiciaire devient contestable.

Procédure pour loyers impayés : les étapes du propriétaire

Le décompte doit séparer les loyers, les provisions sur charges, les régularisations, les paiements partiels et les aides au logement reçues. Un chiffre global sans détail fragilise le dossier. Les frais inventés, pénalités automatiques ou intérêts non justifiés doivent être écartés.

Le propriétaire vérifie aussi le bail. La plupart des contrats contiennent une clause résolutoire. Cette clause prévoit la résiliation du bail en cas d’impayé après un commandement resté sans effet. Si elle manque, une résiliation judiciaire reste possible, mais le juge appréciera directement si les manquements du locataire sont assez graves.

Les démarches à effectuer sans attendre

  • Adresser au locataire une relance écrite avec un décompte précis.
  • Déclarer l’impayé à l’assureur dans le délai prévu par la garantie loyers impayés.
  • Signaler la situation à Action Logement lorsque le bail bénéficie de la garantie Visale.
  • Contacter la caution selon les modalités du contrat de cautionnement.
  • Vérifier le versement des aides au logement et signaler l’impayé à la CAF ou à la MSA lorsque les conditions sont réunies.

Le délai de déclaration à un assureur n’est pas uniforme. Le contrat fixe souvent une déclaration après deux ou trois échéances impayées. À six mois, il faut relire la police immédiatement : une déclaration tardive expose à une réduction ou à un refus de garantie selon les clauses applicables.

Étape 2 : faire délivrer un commandement de payer

Lorsque le bail contient une clause résolutoire, le propriétaire mandate un commissaire de justice, anciennement appelé huissier, pour délivrer un commandement de payer. Une lettre recommandée ne remplace pas cet acte.

Le commandement reprend la dette, les coordonnées utiles pour solliciter le fonds de solidarité pour le logement et les conséquences d’une absence de règlement. Pour les baux d’habitation soumis à la loi du 6 juillet 1989, l’article 24 prévoit désormais un délai de 6 semaines pour régler la dette visée par l’acte.

Si une caution garantit le bail, le commandement doit lui être signifié dans les 15 jours. À défaut, la caution ne répond pas des pénalités ou intérêts de retard produits entre la date du commandement et celle à laquelle elle en a été informée.

Selon le montant ou l’ancienneté de la dette, le commissaire de justice transmet aussi le dossier à la CCAPEX, la commission chargée de coordonner la prévention des expulsions. Les seuils sont fixés localement, dans les limites réglementaires.

Que se passe-t-il pendant les 6 semaines ?

Un paiement intégral arrête l’effet de la clause résolutoire pour la dette mentionnée. Un paiement partiel réduit la somme, mais n’empêche pas à lui seul la poursuite de la procédure. Un accord écrit reste possible. Il doit préciser le montant reconnu, les échéances et le maintien du paiement du loyer courant.

À l’expiration des 6 semaines, la clause est réputée acquise si la dette n’est pas réglée. Pourtant, le bailleur ne dispose toujours pas du droit d’expulser. Le juge doit constater la résiliation et examiner la situation.

Étape 3 : assigner le locataire devant le juge

Une fois le délai du commandement expiré, un commissaire de justice délivre une assignation. L’assignation est l’acte qui convoque officiellement le locataire devant le juge et expose les demandes du propriétaire.

Le préfet doit recevoir une copie de l’assignation au moins 6 semaines avant l’audience. Ce délai permet la réalisation d’un diagnostic social et financier. Une audience fixée trop tôt ou une notification irrégulière retarde le dossier.

Moment Délai minimal ou limite Effet
Premier impayé Dès l’échéance dépassée Relance, déclaration de garantie et calcul de la dette
Commandement de payer 6 semaines Délai laissé au locataire pour régulariser
Information de la caution 15 jours après le commandement Préserve la réclamation des intérêts et pénalités
Notification de l’assignation au préfet Au moins 6 semaines avant l’audience Conditionne la régularité de la procédure
Appel du jugement 1 mois après sa signification Passé ce délai, l’appel ordinaire n’est plus recevable
Commandement de quitter En principe 2 mois Précède l’expulsion forcée

Le délai réel avant l’audience dépend de l’encombrement du tribunal. Plusieurs mois sont fréquents. Pendant cette période, les loyers continuent de courir. Le propriétaire doit actualiser son décompte jusqu’à l’audience et conserver les preuves de chaque versement.

Étape 4 : ce que le juge décide à l’audience

Le juge contrôle le bail, le commandement, le décompte, la notification au préfet et les paiements intervenus. Il peut condamner le locataire au paiement, constater la résiliation, ordonner l’expulsion et fixer une indemnité d’occupation. Cette indemnité remplace le loyer après la résiliation, puisque l’occupant reste dans les lieux sans bail.

Le juge peut aussi accorder un échéancier allant jusqu’à 3 ans, en application de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989. Cette possibilité suppose notamment que le locataire soit en mesure de régler sa dette et qu’il ait repris le paiement intégral du loyer courant avant l’audience. Les effets de la clause résolutoire sont alors suspendus.

Si l’échéancier est respecté, la résiliation n’est pas mise à exécution. Si une mensualité prévue par le jugement reste impayée, la clause reprend son effet selon les conditions fixées dans la décision. Le propriétaire doit donc lire précisément le dispositif du jugement, c’est-à-dire la partie qui énonce ce qui est ordonné.

Étape 5 : signifier le jugement et faire courir les délais

Le jugement doit être signifié par un commissaire de justice. La signification correspond à la remise officielle de la décision. Elle fait notamment courir le délai d’appel de 1 mois. Attendre pour signifier revient à retarder l’ensemble de l’exécution.

Les décisions civiles bénéficient en principe de l’exécution provisoire, selon l’article 514 du code de procédure civile. Cela signifie que leur exécution n’est pas automatiquement suspendue par un appel. Une difficulté reste possible si la cour arrête cette exécution dans les conditions légales.

La condamnation prononcée par le jugement peut être exécutée pendant 10 ans, en vertu de l’article L.111-4 du code des procédures civiles d’exécution. Ce délai ne garantit pas le recouvrement. Une saisie exige l’existence d’un salaire, d’un compte bancaire créditeur ou d’un bien saisissable.

Étape 6 : commandement de quitter et expulsion

Après la résiliation, le commissaire de justice délivre un commandement de quitter les lieux. Le délai normal est de 2 mois, sur le fondement de l’article L.412-1 du code des procédures civiles d’exécution. Le juge peut réduire ou supprimer ce délai dans certains cas, notamment au regard de la mauvaise foi de l’occupant.

Bail et locationLe propriétaire retient la caution : ce qu’un état des lieux permet vraiment de facturer

Le locataire peut demander un délai supplémentaire. Selon sa situation, les démarches de relogement et les conséquences humaines de l’expulsion, le juge peut accorder entre 1 mois et 1 an. Aucun délai n’est automatique.

La trêve hivernale bloque l’expulsion physique

Entre le 1er novembre et le 31 mars, l’expulsion matérielle d’un logement est en principe suspendue par l’article L.412-6 du même code. La procédure judiciaire, la signification du jugement, le commandement de quitter et les mesures de saisie peuvent néanmoins continuer. La trêve ne supprime ni la dette ni l’indemnité d’occupation.

Lorsque l’occupant ne part pas, le commissaire de justice demande le concours de la force publique au préfet. L’administration dispose de 2 mois pour répondre. Son silence vaut refus. Un refus prolongé peut ouvrir un droit à indemnisation contre l’État, mais le propriétaire ne doit jamais procéder lui-même à l’expulsion.

Ce qu’un avocat apporte après six mois d’impayés

À ce stade, l’avocat ne se limite pas à envoyer une relance. Il contrôle le montant réellement exigible, la clause résolutoire, le commandement, la caution et les formalités préfectorales. Il chiffre aussi les demandes : loyers, charges justifiées, indemnité d’occupation, frais récupérables et intérêts au taux légal.

Pour le locataire, l’analyse porte sur les paiements omis du décompte, les charges sans justificatif, un éventuel logement indécent et la possibilité d’obtenir un échéancier. L’indécence ne permet pas de cesser seul de payer le loyer, sauf décision judiciaire ou mécanisme légal de consignation. Elle peut toutefois modifier le rapport de force si des preuves datées existent.

Mathieu Perrot, avocat à Clermont-Ferrand depuis 9 ans, intervient des deux côtés du bail. Cette double lecture sert à repérer ce que l’adversaire contestera dès l’audience. Il n’intervient pas contre un ancien client, même lorsque le nouveau dossier concerne un sujet sans rapport.

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