Pour un retard de livraison en VEFA, aucun texte ne fixe les pénalités, alors que le contrat de construction de maison individuelle impose un plancher de 1/3 000e du prix par jour. Tout dépend de la clause de votre acte authentique et, à défaut, de ce que vous prouvez : une clause au 1/3 000e sur un appartement de 300 000 € vaut 100 € par jour de retard, avant intempéries, franchise et plafond. Vous disposez de cinq ans pour agir, mais la lettre recommandée ne suspend pas ce délai et, mal datée, elle vous fait perdre des semaines de pénalités.
En VEFA, aucune pénalité de retard n’est fixée par la loi
Le Code de la construction et de l’habitation traite deux contrats de façon opposée. Pour le CCMI, l’article R231-14 impose une pénalité qui ne peut être inférieure à 1/3 000e du prix convenu par jour de retard, et cette règle est d’ordre public. Pour la vente en l’état futur d’achèvement (article 1601-3 du Code civil), rien d’équivalent : aucun article du CCH ne crée de pénalité ni n’en fixe le plancher.
L’article L261-11 du CCH oblige seulement l’acte authentique à préciser le délai de livraison. Un acte qui l’omet encourt une nullité relative, que seul l’acquéreur invoque, et seulement avant l’achèvement. C’est la date de l’acte notarié qui fait foi : celle du contrat de réservation (articles L261-15 et R261-25) reste indicative.
Deux situations en découlent. Si l’acte contient une clause pénale, elle s’applique et le juge ne la modifie que si elle est « manifestement excessive ou dérisoire » (article 1231-5 du Code civil). Si l’acte n’en contient pas, vous agissez sur l’article 1231-1 : le promoteur doit des dommages-intérêts pour le retard, sauf force majeure au sens de l’article 1218, mais chaque euro réclamé doit être prouvé. Une clause qui supprimerait tout droit à réparation est abusive de plein droit : elle figure sur la liste noire de l’article R212-1, 6° du Code de la consommation.

Lire la clause de l’acte authentique : six points qui font le montant
Deux acquéreurs du même programme, livrés le même jour, n’obtiennent pas la même somme si leurs actes diffèrent. Six mentions décident du chiffre final :
- Le point de départ. Date précise ou période (« quatrième trimestre 2026 ») : le retard court dès le lendemain de la date ou du dernier jour de la période, soit le 1er janvier 2027 dans cet exemple.
- L’unité de calcul. Fraction du prix (1/3 000e, par analogie avec le CCMI) ou forfait journalier, souvent compris entre 10 et 50 €. Sur 300 000 €, l’écart va de 1 à 10.
- La franchise. Certaines clauses ne déclenchent la pénalité qu’au-delà de 30 jours de retard. La loi n’impose aucune franchise : la règle des « 30 jours » lue sur des sites grand public n’existe que si votre acte la stipule.
- Les causes légitimes de suspension. Intempéries, grève, défaillance ou liquidation d’une entreprise, injonction administrative : la liste est contractuelle, et la clause de doublement des jours d’intempéries est fréquente.
- Le plafond. Souvent exprimé en pourcentage du prix, de 3 à 5 %. Au-delà, la pénalité cesse de courir.
- L’exclusivité et le « plein droit ». La clause indique si la pénalité est forfaitaire et exclusive de tout autre dommage, et si elle court sans mise en demeure.
Article 1231-5, alinéa 5, du Code civil : « Sauf inexécution définitive, la pénalité n’est encourue que lorsque le débiteur est mis en demeure. » Cette règle vise les actes signés depuis le 1er octobre 2016. Si la clause ne stipule pas une pénalité due « de plein droit, sans mise en demeure », chaque jour qui sépare la date de livraison de votre lettre recommandée est un jour de pénalité perdu.
Combien réclamer : le calcul des pénalités jour par jour
Le calcul suit toujours le même ordre : retard brut, moins les jours de suspension justifiés, moins la franchise, multiplié par le taux journalier, dans la limite du plafond. Exemple : appartement de 300 000 €, clause au 1/3 000e, date contractuelle du 31 mars 2026, livraison effective le 1er octobre 2026, soit 183 jours de retard brut.
Calculateur de pénalités de retard de livraison en VEFA
Reportez les chiffres de la clause de votre acte authentique. Le calcul se fait dans votre navigateur : rien n’est envoyé ni enregistré.
| Hypothèse retenue | Jours indemnisés | Pénalité due |
|---|---|---|
| Retard brut, aucune suspension | 183 | 18 300 € |
| 15 jours d’intempéries justifiés, doublés (30 jours) | 153 | 15 300 € |
| + 20 jours de défaillance d’entreprise justifiés | 133 | 13 300 € |
| + franchise contractuelle de 30 jours | 103 | 10 300 € |
| + plafond de 3 % du prix | 103 | 9 000 € |
| Retard brut, clause sans « plein droit », mise en demeure le 1er juin | 122 | 12 200 € |
La dernière ligne montre le coût d’une lettre tardive : 61 jours sans mise en demeure, 6 100 € de moins. Les sommes allouées portent ensuite intérêt au taux légal à compter de la mise en demeure (article 1231-6). Le calculateur ci-dessous reprend ces paramètres et affiche, en plus, la date limite de prescription dans la lecture la plus prudente.
La cour d’appel de Paris a ainsi porté des pénalités de 67 528 € à 94 240 € (7 mars 2025, RG 21/22353). Elle y a ajouté 20 000 € de loyers exposés pendant le retard. Le juge recalcule lui-même les jours lorsque les suspensions invoquées ne tiennent pas.
Sans clause pénale, ou au-delà du forfait : les préjudices à prouver
Sans clause, ou si la clause n’est pas exclusive, chaque poste se démontre pièce par pièce. Le double loyer pèse de 1 000 à 2 000 € par mois en zone tendue, le garde-meuble de 200 à 500 €, les intérêts intercalaires se prouvent par les relevés bancaires, l’assurance emprunteur par l’échéancier. Pour un investisseur, la perte de loyers se chiffre sur le bail qui aurait été signé.
La perte de l’avantage Pinel se plaide comme une perte de chance : l’article 199 novovicies du CGI exige l’achèvement dans les 30 mois de l’acte authentique, et le dispositif est fermé aux acquisitions postérieures au 31 décembre 2024. Le préjudice moral est accordé entre 2 000 et 10 000 € selon la durée et les conséquences familiales.
L’absence de justificatif se paie comptant. Un logement était promis au 31 décembre 2021 et toujours pas livré en mai 2025. Le tribunal judiciaire de Paris (8 juillet 2026, RG 23/15862) a prononcé la résolution de la vente. Il n’a alloué que 3 801,50 € de préjudice financier, faute de relevés d’intérêts intercalaires, contre 5 000 € pour la perte de chance Pinel et 10 000 € de préjudice moral.

Intempéries, défaillance d’entreprise : contester les causes légitimes de retard
Les causes légitimes de retard reportent la date de livraison d’un temps égal à leur durée, ou au double pour les intempéries si l’acte le prévoit. La Cour de cassation juge cette clause de doublement non abusive (3e chambre civile, 24 octobre 2012, n° 11-17.800 ; 23 mai 2019, n° 18-14.212). Le 30 avril 2025 (n° 23-21.499), elle a validé une clause de suspension fondée sur une attestation de l’architecte, au motif que ce tiers est qualifié et que les données météorologiques sont publiques, donc vérifiables et contestables par l’acquéreur.
C’est là que se gagne la discussion. La charge de la preuve pèse sur le promoteur. Exigez par écrit, pour chaque période invoquée : l’attestation du maître d’œuvre, les relevés de la station Météo-France la plus proche du chantier, les seuils contractuels (pluie, gel, vent) et le stade des travaux. Un jour de pluie pendant le second œuvre ne bloque pas un chantier hors d’eau. Vérifiez aussi la chronologie : une intempérie survenue après l’expiration du délai initial ne suspend rien.
La défaillance d’une entreprise obéit à un contrôle plus strict. Le 2 mai 2024 (n° 22-20.477), la Cour de cassation a jugé que de simples retards, même prolongés, ne suffisent pas. Il faut une défaillance caractérisée, établie par la mise en demeure de l’entreprise, la résiliation du marché ou le décompte général définitif. La liquidation judiciaire d’un sous-traitant ne constitue pas, à elle seule, un cas de force majeure.
Le courrier du promoteur annonçant une « nouvelle date de livraison » ne modifie pas l’acte authentique. Seul un avenant signé le fait, et ces avenants contiennent souvent une renonciation aux pénalités échues. Ne signez aucun report de date sans contrepartie chiffrée.
Cinq ans pour agir : à partir de quand il est trop tard
L’action en paiement des pénalités se prescrit par cinq ans, sur le fondement de l’article 2224 du Code civil, et de l’article L110-4 du Code de commerce pour les actes conclus avec un promoteur commerçant. Le texte fait courir le délai du jour où le titulaire du droit « a connu ou aurait dû connaître les faits » lui permettant d’agir. Le point de départ est discuté : livraison effective pour certains, date contractuelle manquée pour d’autres. Chaque jour de retard fait naître une pénalité distincte : une assignation tardive expose à voir les premiers mois déclarés prescrits.
Droit immobilierVice caché dans une maison : quels recours si l’acte exclut la garantie, et jusqu’à quandLa lecture prudente compte cinq ans depuis le lendemain de la date contractuelle de livraison. Un logement promis au 31 décembre 2021 est le cas d’actualité : dans cette lecture, la fenêtre se referme fin décembre 2026, alors que nombre de ces chantiers ne sont pas encore livrés.
| Acte | Effet sur les cinq ans | Texte |
|---|---|---|
| Lettre recommandée de mise en demeure | Aucun : le délai continue de courir | — |
| Reconnaissance écrite du retard par le promoteur | Interruption : un nouveau délai de 5 ans repart | Art. 2240 C. civ. |
| Assignation, y compris en référé | Interruption jusqu’à la fin de l’instance | Art. 2241 et 2242 |
| Médiation ou conciliation | Suspension ; au moins 6 mois restent à la clôture | Art. 2238 |
| Expertise ordonnée en référé | Suspension jusqu’au dépôt du rapport, puis 6 mois minimum | Art. 2239 |
| Délai butoir | Aucune action au-delà de 20 ans après la naissance du droit | Art. 2232 |
Notre conseil : ne comptez jamais sur une négociation pour arrêter l’horloge. Un échange de courriels avec le service clients n’interrompt rien ; un courrier du promoteur qui chiffre lui-même les jours de retard vaut reconnaissance et se conserve en original.

Mise en demeure, médiation, tribunal : la démarche datée
Les délais de chaque étape se calculent à partir de la date contractuelle de livraison, que nous appelons J :
- Avant J : relisez la clause et réclamez par écrit le calendrier du chantier et la liste des jours de suspension déjà comptés.
- J + 1 : mise en demeure par lettre recommandée avec avis de réception au siège du promoteur : références de l’acte et du lot, date contractuelle, demande de livraison sous 30 jours, pénalités réclamées, justificatifs exigés pour toute suspension. Le modèle PDF ci-dessous reprend ces mentions.
- J + 2 mois : sans réponse utile, saisine du médiateur de la consommation désigné par le promoteur (article L612-1 du Code de la consommation), au plus tard un an après votre réclamation écrite (article L612-2). La médiation suspend la prescription.
- À la livraison : réserves détaillées au procès-verbal. Le solde de 5 % du prix (15 000 € sur 300 000 €) se consigne en cas de contestation de conformité (article R261-14 du CCH), pas en raison du seul retard. Les vices apparents non réservés se dénoncent dans le mois et s’assignent dans l’année (articles 1642-1 et 1648).
- Avant la fin de la cinquième année : assignation devant le tribunal judiciaire. Pour une demande de 5 000 € ou moins, une tentative de règlement amiable préalable est obligatoire (article 750-1 du Code de procédure civile) ; au-delà de 10 000 €, l’avocat est obligatoire. Si le retard n’est pas sérieusement contestable, le référé-provision (article 835, alinéa 2) obtient une avance en quelques mois.
Le recours au paiement partiel appelle une précision. L’échelonnement légal plafonne les appels à 35 % aux fondations, 70 % au hors d’eau et 95 % à l’achèvement : retenir un appel de fonds au motif du retard expose à des pénalités de retard de paiement prévues à l’acte. La Cour de cassation admet que la clause pénale n’interdit pas l’exception d’inexécution (3e chambre civile, 14 février 2019, n° 17-31.665), mais son usage se mesure au cas par cas.
Un avocat n’intervient pas au même titre à chaque moment. Avant la livraison, il lit la clause et dit si la pénalité court de plein droit ou après mise en demeure, ce qui fixe la date de la lettre. Lorsque le promoteur oppose des intempéries, il confronte attestations, relevés météo et planning, et chiffre les jours réellement opposables. Face à un avenant de report, il évalue ce que vous abandonnez. À l’approche de la cinquième année, il délivre l’assignation qui interrompt la prescription. Aucun de ces actes ne garantit un montant : ils empêchent de perdre ce que l’acte vous accorde déjà.


